Nordine et moi - 1
Histoire gay publiée le 19/03/2025
Salut, moi, c’est Rico, j’ai 25 ans, et j’cherche une alternance pour boucler mes études. Lui, c’est Nordine, 28 ans, l’meilleur pote d’mon pote. D’ce que j’sais, il glandouille au quartier, comme tous les débiles du coin. On vit en banlieue, Île-de-France, mais moi, j’veux plus. J’rêve grand. J’vais souvent marcher vers les Champs-Élysées, j’arpente l’8e, l’16e, l’4e, m’imaginant un jour y vivre. Pour l’instant, j’suis chez moi, j’bite mes CV, mes lettres de motiv’, j’fais des recherches à fond pour m’préparer, mettre toutes les chances d’mon côté pour les entretiens.
Lundi matin. J’suis à mon bureau, casque sur les oreilles, en train d’chercher des offres d’CDD et d’alternance. J’écoute du R&B old school, ça m’booste pour cogiter. D’un coup, la musique s’coupe : appel d’mon pote, l’grand pote, il a l’air pressé. "Eh, tu peux ouvrir la porte stp ? Mon pote arrive récupérer l’amour sur mon bureau, donne-lui 5 billets." "Azy." J’souffle, m’lève, vais ouvrir. Personne. J’referme direct, r’tourne m’asseoir, remets play. J’kiffe l’vibe, ça m’accompagne quand j’dois faire chauffer la cervelle. Deux minutes après, nouvel appel : "Œuf, t’as pas encore ouvert, mon pote attend !" J’déteste m’justifier, alors j’réponds : "Azy, j’vais voir, j’étais sur un dossier." J’prends l’amour, ouvre la porte. Devant moi, deux gars plus grands qu’moi – et j’fais déjà 2m. L’plus grand, genre 2m05 : "Bien ? Ton pote m’a laissé d’l’amour ?" L’autre, un peu moins grand, m’regarde d’haut en bas, m’fait un signe d’tête que j’lui rends pas. J’réponds rien, sors les billets d’ma poche, compte devant eux : "1, 2, 3… 5 billets." J’les tends au plus grand, il les chope, j’referme la porte direct.
J’reste derrière quelques secondes, mate par l’judas pour checker qu’ils fassent pas d’truc chelou. J’entends : "Wesh, il a quoi c’negro, il est impoli, lui faut l’baffer !" C’était Youcef, 25 ans, l’gars au signe d’tête. L’autre, Nordine, 28 ans, l’pote d’mon pote, riait comme un con dans l’hall. J’retourne dans ma chambre en m’disant : "L’negro, lui, il s’construit un avenir au moins." J’ai jamais kiffé la cité, la rue. J’me sens pas proche d’ce milieu. Moi, j’lis des livres, tous genres, j’écoute d’la musique, j’crée des business plans pour l’plaisir. J’ai pas d’amis, j’marche solo dans la ville. J’entends c’qui s’dit sur moi quand j’vais au grec ou chez l’paki, j’vois comment on m’regarde. Mais c’est temporaire, ça durera pas toujours. J’suis pas efféminé ou quoi, j’traîne juste pas avec eux. J’veux m’en sortir, bosser, être fier d’mon taf, d’mes efforts, avec l’aide d’Dieu. J’suis pas comme eux, j’voulais m’en convaincre.
Lundi soir. Mon pote rentre d’voyage avec sa meuf. Elle et moi, on s’entend trop bien, elle est cool, on était au même fac, on s’connaît depuis l’temps. Il toque à ma porte : "Œuf." "Sdk bien ? Merci pour t’à l’heure, mais apparemment, t’leur as pas parlé, ils t’ont salué." J’le fixe longtemps : "Ils étaient pas là pour moi, j’ai fait c’que j’devais, fin hein, l’grand. Et les vacances, c’était comment ? Tu m’as ramené quoi ?" Mon pote m’garde toujours un truc d’ses trips, ça m’fait voyager avec lui. Il m’montre des photos, sa meuf cause avec ma tante dans la cuisine avant d’nous rejoindre – elle a mes cadeaux. Mon pote bite dans une boîte d’sécu, il s’débrouille bien. J’suis fier qu’il ait lâché son groupe d’trous du cul qui glandait en bas des bats, face à la mosquée. Il raccompagne sa meuf, ils m’laissent solo. J’prends une douche, sors aussi. J’ai un plan cul, et d’la marche m’attend… À suivre.